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Rino Rappuoli

Vaccins de nouvelle génération contre la méningite, la coqueluche et d'autres infections

Catégorie
Œuvre d'une vie
Domaine technique
Biotechnologie
Société
Sclavo SPA, Chiron SPA, Novartis Vaccines and Diagnostics S.r.l.
Les maladies infectieuses telles que la diphtérie, la méningite bactérienne et la coqueluche ont été pratiquement éradiquées dans les pays développés grâce à Rino Rappuoli. Au cours de sa carrière dans la recherche, étalée sur plus de quatre décennies, le microbiologiste italien a mis au point des « vaccins conjugués » qui ont inauguré une nouvelle génération d'immunisations, administrées aujourd'hui à des millions de personnes dans le monde.

Lauréat du Prix de l’inventeur européen 2017

Avant les inventions de Rappuoli qui ont changé les règles du jeu, les vaccins contenaient des versions « affaiblies » des agents pathogènes réels qui permettaient au corps de construire l'immunité. Mais cette approche, employée depuis la fin du dix-neuvième siècle, n'assurait aucune protection contre les infections agressives telles que le méningocoque, la bactérie à l'origine de la méningite infectieuse. Les « vaccins conjugués » de Rappuoli , qui induisent un changement de paradigme, sont génétiquement modifiés en laboratoire : des fragments de bactéries sont associés à des protéines porteuses qui provoquent une forte réponse immunitaire.

Les vaccins, développés pendant que Rappuoli était en fonction au Centre de recherche de Sclavo, en Italie, n'offrent pas seulement un niveau de protection sans précédent. Ils sont également devenus des immunisations standard contre un grand nombre d'infections, notamment la méningite, la diphtérie, la coqueluche, l'haemophilus influenza et l'helicobacter, et sont aujourd'hui administrés chaque années à des millions de personnes.

Rappuoli est considéré comme l'un des fondateurs de la microbiologie cellulaire, qui réunit la biologie cellulaire et la microbiologie. Ses techniques, notamment un processus appelé « vaccinologie inverse », employé pour créer les premiers vaccins au monde dérivés d'un génome en 1999, ont révolutionné la conception des vaccins.

Bénéfices pour la société

Il est difficile de surestimer l'impact de l'invention de Rappuoli : ses vaccinations ont été pratiquées sur des millions des personnes dans le cadre de programmes de routine. Lancé en 1993 par la société de biotechnologie californienne Chiron, son vaccin contre la coqueluche a permis d'éradiquer la maladie en Italie en 24 mois.

Rappuoli a également marqué l'histoire à la fin des années 1990 en développant et brevetant les tout premiers vaccins contre les différents types de méningite à méningocoque (A, B, C, Y et W-135). À la fin des années 1990, la méningite C fut intégrée au programme national de vaccination du Royaume-Uni, ce qui permit d'éradiquer pratiquement la maladie en l'espace de deux ans. En 2015, le vaccin contre la méningite B vaccine fut également intégré au programme. Des experts en santé publique ont récemment estimé qu'il était efficace à 95  %. Cependant, la méningite sévit toujours dans les régions pauvres en ressources, où les infections invasives à méningocoques (IIM) touchent chaque année une population estimée à 1,2 million de personnes.

Avantages économiques

Le vaccin contre la méningite de Rappuoli, Bexsero, s'est imposé comme un médicament vedette pour les détenteurs de la licence, GlaxoSmithKline. En 2016, les ventes de Bexsero ont atteint 465 millions d'euros, une somme presque trois fois et demie supérieure à celle de 2015 (136 millions d'euros). Au Royaume-Uni et dans les autres pays européens, le vaccin conjugué anti-pneumococcique est administré systématiquement aux nouveau-nés, tandis que 82,9 % des enfants américains âgés de 19 à 35 mois ont reçu le vaccin en 2014.

Des analystes de Transparency Market Research ont évalué le marché mondial des vaccins méningococciques à 1,36 milliard d'euros en 2013, avec une projection de croissance de 4 milliards d'euros par an jusqu'en 2022. Sur ce marché, les vaccins conjugués et les vaccins développés par vaccinologie inverse sont des forces dominantes. Ils devraient représenter 71 % du chiffre d'affaires total (2,8 milliards) en 2022.

Comment ça marche ?

Les « vaccins conjugués » de Rappuoli prélèvent des morceaux spécifiques de cellules bactériennes, à savoir des sucres de surface appelés polysaccharides, et les attachent (« conjuguent ») à des protéines porteuses.

Ces protéines porteuses, notamment une protéine diphtérique non toxique, sont des composants nécessaires parce que les sucres de surface seuls ne permettent pas de créer des réponses immunitaires chez les enfants et les nouveau-nés. Les protéines sont rendues non toxiques dans le laboratoire au moyen d'une génétique ciblée appelée mutagénèse dirigée, qui introduit une mutation dans une séquence d'ADN.

À la fin des années 1990, Rappuoli inaugura également une nouvelle technologie fondamentale, la  « vaccinologie inverse » : les vaccins n'étaient plus forcément basés sur des bactéries élevées en laboratoire, mais pouvaient être conçus sur un ordinateur. Le séquençage génomique de bactéries telles que le méningocoque B permit à Rappuoli de combiner les composants qui construisent l'immunité tout en effaçant les effets nocifs.

L’inventeur

En tant que jeune chercheur, Rino Rappuoli découvrit le monde de la biologie cellulaire alors qu'il bénéficiait d'une bourse de recherche au Centre de recherche de Sclavo, un laboratoire italien dédié à l'immunisation. Un passage dans les universités Harvard et Rockefeller lui permit de se familiariser avec les techniques de pointe de l'ingénierie génétique, qu'il perfectionna pour réaliser ses propres découvertes.

Rappuoli est l'auteur de 150 familles de brevets européens délivrés et en instance, de 650 articles scientifiques, 60 comptes rendus et 39 chapitres de livres. Il est aujourd'hui responsable scientifique chez un fabricant mondial de produits pharmaceutiques, GlaxoSmithKline Vaccines. Ses travaux sont centrés sur la recherche de vaccins pour le virus respiratoire syncytial, le cytomégalovirus et les maladies infectieuses émergentes.

Rappuoli a reçu de nombreuses récompenses pour ses efforts novateurs dans la conception de vaccins et la recherche génétique, notamment le prix Paul Ehrlich et Ludwig Darmstaedter (1991), la médaille d'or de la santé publique italienne (2005) et la médaille d'or Albert B. Sabin (2009). Il a été élu troisième homme le plus influent sur la planète dans le domaine des vaccins au Terrapinn World Vaccine Congress de 2013.

Le saviez-vous ?

Lorsqu'il était très jeune, Rino Rappuoli eut l'idée de lutter contre les maladies infectieuses en observant le mur inachevé de la cathédrale de Sienne. Le bâtiment resté incomplet est un rappel cinglant de l'année 1348, où la peste fit passer la population de la ville de 100 000 à 30 000 habitants en trois mois.

Il y a un siècle à peine, des millions de personnes mouraient chaque année de maladies qui peuvent aujourd'hui être complètement évitées grâce à la vaccination. Les vaccins de Rappuoli ont leur place dans une longue série d'immunisations, contre la variole, la tuberculose et la polio, par exemple, qui ont contribué à faire de ce monde un monde plus sûr.

En ce qui concerne l'avenir, Rappuoli s'intéresse aux effets potentiellement dévastateurs d'une pandémie de grippe. Alors qu'au quatorzième siècle, il fallait une année entière pour que la peste noire se propage, les voyages aériens permettent aux épidémies comme celle de la grippe aviaire de proliférer en quelques jours. Heureusement, les scientifiques peuvent concevoir de nos jours de nouveaux vaccins plus vite que jamais, et ce grâce à Rappuoli.

Inventors revisited

En 2020, l'OEB a repris contact avec d'anciens finalistes et lauréats pour connaître leurs points de vue sur les tendances de l'innovation et de la propriété intellectuelle : un regard unique sur la recherche et les inventions nouvelles à la pointe de la technologie.

Rino Rappuoli
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Que faut-il pour produire rapidement un vaccin sûr et générant peu effets secondaires ? Rino Rappuoli nous éclaire sur la production des vaccins et explique comme sa technique de vaccinologie inverse pourrait aider à lutter contre des bactéries résistantes aux antibiotiques et contre le nouveau coronavirus.

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Talk innovation 

Alors que le nouveau coronavirus ébranlait notre mode de vie, le monde s'accrochait à l'espoir de voir arriver un vaccin. Mais que faut-il pour produire rapidement un vaccin sûr et avec peu d'effets secondaires ? Au début de la pandémie, Rino Rappuoli a fait part de son avis sur les traitements contre le coronavirus et a montré brièvement comment la vaccinologie a évolué au fil du temps.

Numéro de brevet :

EP0322533, EP0232229, EP1223975, and many more

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